
Pape Art
Mon premier contact avec ses créations a eu lieu au Château Dufresne où ont été exposés jusqu’en octobre 2002 des artistes populaires et indisciplinés (2). Immédiatement, j’ai été séduit par le travail hors normes de Papa. Il réalise des chapeaux aux formes rondes et allongées (jusqu’à 1m de long) et des tableaux à la gloire de Dieu. Ses chapeaux aux formes étonnantes sont composés d’objets religieux achetés à 1 dollar (moins d’un euro) qu’il colle sur le volume conique : pendentifs, chaînettes, chapelets en plastique, rubans, paillettes, perles et des images pieuses. L’ensemble très coloré et très brillant donne un aspect kitsch et rococo, mais pas toc. Pour ses tableaux, il utilise les mêmes matières mais avec plus de paillettes et d’argenté, plus de croix, d’images et de souvenirs religieux, le tout entouré d’un cadre du meilleur effet ! Sur ses tableaux, Papa colle aussi des photos de lui et des personnes de son entourage. Ces photos le montrent habillé en Pape assit sur un trône. Car Papa n’est pas un homme du commun, il est le Pape en personne ! Aussi sur ses photos (et documents) il tamponne : P.P serviteur de Jésus et de Marie.
Toutefois après la clarté de l’exposition du Château Dufresne, “le studio-boutique” de Papa semble sur le point de déborder. La petite pièce de 20m2 est couverte du sol au plafond par un amas d’objets divers : chapelets, porte-clefs, chaînes, boutons, gourmettes, boucles d’oreilles, montres, poupées, jouets, figurines en porcelaine, saintes vierges et crucifix, croix de Jésus de toutes tailles, pendules aux formes variées, cornes de cerfs, il y a tellement à regarder que la liste serait trop longue à énumérer. Il y a juste de la place pour son lit, son frigo et sa télévision au contact du sol, un soupçon d’espace pour suspendre ses chapeaux au plafond et accrocher ses jolis tableaux sur le peu de vide qu’il reste sur les murs.
Mais, ceci n’est rien en comparaison de ce qu’il possédait avant. En effet pendant 40 ans Papa avait accumulé tout un bric à brac d’objets à caractère religieux qu’il entassait dans son domicile. Les normes de sécurité étant plus que limites, par un mauvais jour de décembre 2000 sa maison prend feu et Papa se retrouve à l’hôpital à cause des brûlures après avoir essayé de sauver ses œuvres. Conservant la foi, dès qu’il quitte l’hôpital il part habiter une autre demeure avec sa femme et se remet au travail. Malheureusement, 40 ans d’accumulation d’objets, cela ne se remplace pas ainsi. Alors aujourd’hui pour se refaire son magot religieux, Papa va faire ses courses au Dollorama ! (magasin où tout est à un dollar)
Ce qui étonne aussi dans cet univers barococo, c’est la présence du rouge. Ses chapeaux, ses habits, ses collages, le rouge est là comme une marque de souffrance, le signe du christ sur la croix. Mais, il s’agit aussi du rouge du drapeau canadien !
Comme de nombreux artistes dits bruts, Papa Palmerino était ouvrier et il s’est mis à créer suite à un grave accident de travail. Il devait avoir à peine 50 ans. Pour vivre, il perçoit une pension et c’est ainsi qu’il crée pour s’occuper, sa boutique de ventes d’articles religieux. Il habite avec sa femme, mais elle est à l’écart du style de vie de Papa, qui voudrait être Pape à la place du Pape et donc ni père ni mari... Ainsi il ne mange pas souvent avec elle et il s’est aménagé son petit coin religieux dans la demeure.
Une fois encore, la rencontre avec un artiste “patenteux” me paraît aussi importante que la découverte de son œuvre. Le travail et le mode de vie de ces artistes sont en général intimement liés, l’un reflétant l’autre.
Difficile malgré tout d’en savoir davantage car Papa ne parle pas fort et mélange le français et l’anglais à l’italien sans vraiment prononcer les mots. Libre choix donc au visiteur d’interpréter ce qu’il voit et à toi lecteur de croire ce que ce texte t’inspire.
La vérité est ailleurs...
Paskal Julou
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(1) Au Québec il n’y a pas de vide
grenier. Les particuliers vendent directement chez eux dans leur garage ou
dans leur jardin leurs divers objets.
(2) Valérie Rousseau, est directrice de la société des
arts indisciplinés, et écrit pour la revue du Musée de
la Création Franche à Bègles.
Cette année le premier prix de la société des arts indisciplinés
a été remis à Richard Greaves, un artiste qui vit dans
un bois retiré de la société de consommation et qui construit
des maisons dans une forme de déconstruction. Son environnement est étonnant
et très brutal.
Contact : Société des arts indisciplinés,
5106, rue Jeanne Mance, Montréal (Québec) H2V 4K1 Canada
Site web : www.sai.qc.ca – Email
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Nota : ce texte a été publié dans le n° daté du
28/08/02 de Quartier Libre, le journal étudiant de Montréal.